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Nantes-Méditerranée à la voile - page 3
Nantes-Méditerranée à la voile

Chapeau pointu

21avril

Carte_de_l_Algerie_jijel.jpgNous avons repris la mer cet après-midi. Le vent se lève avec la tombée de la nuit, dans l’axe. Nous tirons un premier bord vers le large puis un deuxième vers la côte. Nous dessinons un joli chapeau pointu sur le GPS qui nous indique qu’en 3 heures de navigation, nous n’avons progressé que de 3 milles nautiques. Le courant est très fort. Plus de deux nœuds contre nous. Nous désespérons un peu et au petit matin, nous décidons de renoncer à faire escale à Skikda. Nous irons à Jijel qui est beaucoup plus proche. Nous y arrivons au lever du jour. Les militaires qui gardent l’entrée du port nous éconduisent en désignant la direction du sud. Nous longeons les digues et découvrons un nouveau port qui ne figure pas sur les cartes. Nos appels VHF restent sans réponse jusqu’à ce que nous entrions dans le port. Les gardes côtes nous répondent enfin que nous devons nous présenter au quai qui se trouve juste en face de nous. Jijel devait être une escale brève. Mais nous devons y rester 3 jours car la météo annonce de l’ouest fort. Nous apprendrons par la suite qu’un plaisancier a subi des dégâts importants à cause d’une vague qui s’est abattue sur la cabine de son bateau et a cassé un des hublots. 3 jours, quand ce n’est pas choisi, cela peut paraître un peu long. C’est la barbe comme dirait l'autre ! Mais nous allons quand même faire quelques courses en ville et visiter le petit musée local, escortés de près par une voiture de police.

Escale en Kabylie

20avril

DSC03709.JPGNous partons d’Alger dimanche 18 avril vers 17h00. La mer est belle et le vent est mollasson. Nous poussons au moteur. La nuit tombe assez vite. Le courant portant nous fait accélérer. Nous pensions mettre 24 heures. Il ne nous en faudra que 20. IMG_0369.JPGNous arrivons lundi vers 13h00 à Béjaïa. La Capitainerie nous attribue un poste d’amarrage entre deux gigantesques cargos. Salim, notre ami d’Alger, est en congé et nous rejoint au port vers 16h00 avec son petit garçon, Youssef. Nous allons boire un verre ensemble place Gueydon puis allons nous promener en voiture dans les environs : DSC03718.JPGle cap Carbon et ses singes puis Tichy où il possède un appartement d’été dans une résidence. Le soir nous sommes invités à dîner dans la famille de Meriem, l’épouse de Salim. Nous mangeons une délicieuse chorba et plusieurs plats kabyles. Le lendemain, nous leur donnons rendez-vous vers midi pour aller déjeuner ensemble. Nous les invitons dans un restaurant que le guichetier de la banque nous a recommandé, dans le centre de Béjaïa. DSC03726.JPGAvant de rembarquer sur Raki, nous allons visiter le musée de la ville. Un membre de l'association qui gère le musée nous fait la visite. Nous y découvrons les restes de la mosquée où Ibn Khaldoun a enseigné, ainsi que des fortifications turques et espagnoles. Nous nous arrêtons un moment pour déchiffrer les graffitis de soldats français du 19ème siècle gravés dans la pierre. Nous nous sentons vraiment bien à Béjaïa et nous regrettons un peu de ne pas pouvoir rester plus longtemps. Nos visas vont bientôt expirer. Nous disons adieu à nos amis et rembarquons. Nous appareillons vers 17 heures après avoir tenté vainement de trouver un peu d'essence pour le moteur.

Alger : invitations en rafales

17avril

DSC03706.JPGRaki est bien installé le long du quai des ferries. Tous les deux jours environ, un ferry part et un nouveau ferry arrive, tous plus gros les uns que les autres. A chaque fois nous retenons notre souffle pendant les manœuvres en espérant que Raki ne serve pas de pare battage. Dès le premier jour, nous rencontrons Riyad qui est second mécanicien sur des cargos. Il me fait visiter le port de pêche et s’indigne de la situation sociale en Algérie. Il n’y a pas de travail pour des gens comme nous qui pourtant avons fait des études. Le deuxième jour, nous avons pris une chambre à l’Hôtel Suisse. Léonie regarde la Petite Maison dans la Prairie et toute la famille redécouvre les joies du bain. Le soir, nous allons dîner dans un bon restaurant près de la rue Didouche Mourad : le Béarnais. Nos voisins, des hommes d’affaires, s’intéressent à Gustave qui les observe. Alors que nous finissons notre repas, l’un d’entre eux se lève et vient nous parler. Il se réjouit de nous savoir venus en bateau et nous raconte ses enfants et ses vacances en Vendée où il a acheté une villa. Puis il nous propose un verre qu’il va commander au comptoir. Lorsqu’il revient, il convie ses amis à sortir. Le garçon vient vite nous voir pour nous informer que le repas a été entièrement payé. Les bras nous en tombent. Heureusement, le patron du restaurant nous donne la carte de visite de notre bienfaiteur ce qui nous permettra de lui envoyer des fleurs. Le lendemain, nous allons écouter du jazz au centre culturel français. Salim, douanier que nous avons rencontré la veille, doit nous y rejoindre pour que nous passions la soirée ensemble. Lorsque nous arrivons, nous retrouvons aussi son frère Morad, Capitaine de cargo. Après le concert, Salim nous invite dans un restaurant branché d’Alger, la Tyrolienne où nous passons une formidable soirée à manger des grillades et à discuter de mer et de navigations. Le jour suivant, nous avons rendez-vous avec Marie et Karim dont nous avons eu les coordonnées par un ami qui vit en France. Très gentiment ils nous proposent de venir nous prendre au port pour aller faire une promenade ensemble. Ils nous font découvrir la Madrague, puis Sidi Fredj où Karim dirige une école de plongée. Enfin ils nous emmènent dîner chez eux à Alger plage. Nous mangeons de délicieuses crevettes et ne pouvons refuser leur invitation à dormir chez eux. Le lendemain matin nous prenons le petit déjeuner ensemble avant de retrouver le port. Toute cette générosité nous bluffe. Et dire que celui qui préside aux destinées de notre pauvre métropole déchue classait l’Algérie parmi les 6 pays les plus inhospitaliers au monde ! C’est fou d’être si mal renseigné à ce niveau.

Jazz the Casbah

15avril

Alger_alger_casbah_1900.jpgAujourd'hui, il pleut sur Alger. L'air se rafraîchit un peu ce qui est bien agréable. Nous repartirons dans deux ou trois jours vers l'Est aussi prenons-nous le temps de répondre aux mails qui nous font toujours aussi plaisir et de mettre à jour le blog. Depuis notre arrivée, nous avons fait une visite approfondie d'Alger. Le centre européen, le Port de pêche, le musée du Moudjahid, Bab el Oued, et la Casbah où nous avons marché sur les traces de Pépé le Moko et d'Ali Lapointe. Casbahgrenade.jpgHier soir nous nous sommes offert une séance de cinéma au centre culturel français qui projetait Ça brûle, le film de Claire Simon. Aujourd'hui nous faisons l'approvisionnement pour les prochaines navigations et ce soir nous allons écouter du jazz. Le saxophoniste Julien Lourau se produit à Alger. C'est bien les capitales.

Oran - Alger

13avril

DSC03601.JPG Nous avons quitté Oran mardi soir. Les adieux étaient très émouvants. Nous avons échangé de grands signes avec les membres du club Phénicia, puis nous avons pris la mer. Un peu de houle de Nord. Le bateau allait vite toute la nuit, au près jusqu'au large de Mostaganem. La journée fut moins ventée et nous avons poussé un peu au moteur en milieu de journée. Puis le vent est revenu le soir par le Nord et nous avons passé une deuxième nuit en mer entre Ténès et Cherchell. Vers 4h00 du matin, nous étions déjà en face du port de Cherchell. Nous avons évité de justesse un filet dérivant balisé par deux bouées faiblement éclairées puis nous avons attendu que le jour se lève en tirant deux bord de travers. Vers 6h30, nous avons commencé à nous diriger vers le phare de Cherchell. Une houle de plus de deux mètres nous a fait hésiter un moment à continuer notre route vers la côte car nous craignions que les vagues ne déferlent avec la remontée des fonds Mais appelés par VHF, les gardes côtes nous ont rassurés : l'entrée du port est claire. Cherchell est l'ancienne Caesarea fondée par Juba II et devenue après 40 la capitale de la province romaine de Maurétanie Césarienne, qui s’étendait alors jusqu’à l’Océan Atlantique. Accueil par les gardes côtes. Formalités vite expédiées. Port ouvert sur la ville, sans poste de police pour contrôler les entrées. Nous prenons un peu de repos et débarquons après déjeuner. DSC03605.JPGNous prenons un taxi pour Tipaza et passons l'après-midi dans la cité antique. Léonie improvise une représentation dans le théâtre romain puis nous allons visiter le petit musée dans lequel le conservateur se lamente du peu d'intérêt que les pouvoirs publics manifestent pour le trésor que constituent tous les vestiges du passé romain du pays. Nous repartons en fin de journée vers Cherchell où nous nous préparons un bon dîner. Le lendemain nous visitons la ville et ses musées. Nous terminons par la visite de l'amphithéâtre romain où se déroule une partie de football endiablée. DSC03672.JPGNous décidons de reprendre la mer dès le lendemain matin. Sidi Ferruch n'est pas accessible car la passe est ensablée aussi faisons-nous cap directement sur Alger. Mais le vent fraîchit par le Nord-Est (dans l'axe) et nous sommes obligés de tirer un long bord vers l'intérieur de la baie avant de repartir vers le Nord et de découvrir qu'un courant de plus de deux noeuds le long du cap Caxine ralentit considérablement notre progression. Nous tirons des bords carrés dans une mer très formée. Raki peine à grignoter les milles et bondit sur chaque vague. Le soir tombe et les enfants s'endorment difficilement à cause des mouvements brutaux du bateau. Vers 22h30, nous passons enfin la pointe Pescade. Je m'applique à la barre pour ne pas trop perdre de terrain avec ce maudit courant qui nous fait déraper et nous arrivons enfin en baie d'Alger. Par VHF, la Capitainerie nous demande d'accoster le long de la digue Nord où sont postés les gardes-côtes pour faire les premières formalités puis nous attribue une place au quai n°11, le quai des ferries. Les formalités traînent un peu. Puis nous nous couchons, fourbus. Le lendemain, nous allons nous promener dans les rues d'Alger, et faisons une halte chez un pédiatre car Gustave a été dévoré par les moustiques dans la nuit. La ville est immense, très animée et nous nous faisons une fête de tout découvrir dans les prochains jours. Nous ferons même un petit extra en nous offrant une chambre d'hôtel pour une nuit ou deux.

Gustave a six mois

6avril

6mois.JPGGustave a six mois aujourd’hui. Nous avons passé une semaine à Oran et nous nous apprêtons à repartir vers l’Est. Nous garderons un souvenir inoubliable de cette escale. Alger est dans notre étrave. Nous ferons sans doute des arrêts à Ténès, Cherchell et Tipaza où déjà nous avons quelques contacts. Nous profitons de l’accès à Internet que nous avons trouvé ici pour compléter un peu le récit de notre périple. Quelques nouveaux billets figurent ci-dessous. D'autres suivront.

La colline brûlante

1avril

99705.JPGAbdelkrim nous a proposé de nous prêter sa voiture pour aller à Relizane aujourd’hui. C’est Abdallah (photo devant la librairie de Relizane), un des plus anciens membres du club qui nous conduira. Il est originaire du sud saharien et a travaillé autrefois comme routier pour acheminer le matériel nécessaire aux essais atomiques français. Nous partons le matin vers 8h00 et arrivons à 10h00 à Relizane dont Idir nous a appris la signification en berbère : « la colline brûlante ». Nous nous promenons en ville puis entrons dans la mairie où plus d’une centaine de personnes venant de toutes les communes environnantes se bousculent pour obtenir des documents administratifs (l’Algérie passe au passeport biométrique dans quelques jours). Nous essayons de nous frayer un chemin jusqu’au guichet où un élu nous reçoit. Je lui demande s’il existe une trace des Français nés en Algérie du temps de la colonisation, ce qui est le cas de ma mère. Il me demande son nom et sa date de naissance et revient au bout d’un quart d’heure avec une copie intégrale de l’acte de naissance, en français. Y figurent les noms de mes grands-parents et de l’officier d’état civil qui a enregistré la déclaration de naissance. Nous repartons nous promener dans la ville, prenons beaucoup de photos et reprenons la route pour déjeuner à Mostaganem. De retour au club, nous partageons des grillades apportées par Abdelkrim pour fêter l’événement.

Les deux frères

31mars

lesdeuxfreres.JPG Après avoir fait escale à Ras El Mas et à Saïdia au Maroc, nous voilà en Algérie depuis une semaine. Nos navigations ont été facilitées par une météo clémente. Les paysages sont somptueux et l'accueil très chaleureux et fraternel à l'image des rochers Ad Fratres qui bordent le sud de l'entrée du port de Ghazaouet, notre première escale. Après Ghazaouet, nous avons relâché à Beni-Saf puis à Oran que nous sillonnons de long en large. Repartir est toujours un crève-coeur car chaque jour nous faisons la rencontre d'amis qui nous retiennent. Nous allons à présent prendre le temps de mettre de l'ordre dans les photos et les vidéos pour partager ces moments exceptionnels. Nous essaierons de tout mettre en ligne avant notre départ d'Oran dans quelques jours. Tout l'équipage se porte bien et prend des couleurs. Léonie grandit, apprend ses premiers mots en arabe et pêche des sardines avec son copain Amine. Gustave goûte le pain et les oranges. Les poissons du port nettoient la carène de Raki. Demain, nous partons à Relizane pour visiter l'arrière-pays.

Idir

30mars

DSC03598.JPGIdir est un membre de l’association Phenicia. Nous l’avons rencontré le lendemain de notre arrivée et il s’est montré très intéressé par notre voyage en voilier. Retraité de la direction des transports, lui-même navigue beaucoup et pêche avec son petit bateau à moteur. Il nous propose de nous emmener en voiture découvrir les environs d’Oran. Nous partons avec lui jusqu’au cap Falcon et roulons sur les corniches oranaises pendant plusieurs heures. Le paysage est somptueux. Nous discutons des Berbères et des Arabes, de la Kabylie, de la colonisation française, de l’avenir de l’Algérie, de son père qui vient de mourir centenaire, de Camus, des chanteurs algériens, des années noires du terrorisme. En rentrant nous lui prêtons les Chroniques algériennes de Camus, quelques jours plus tard, il nous apporte de délicieux poissons. Il nous présente quelques-uns de ses enfants et son frère qui vient de céder sa boulangerie à la nouvelle génération. Idir est devenu pour nous une référence à Oran.

Amine

29mars

IMG_0355.JPGAujourd’hui Léonie a rencontré Amine qui est le fils d’un des gardiens du club. Ensemble ils pêchent des crevettes, des moules, et quelques poissons qu’une mouette viendra leur chiper un peu plus tard. Amine vient déjeuner à bord et nous parle de l’école et de sa famille. Rendez-vous est pris pour une nouvelle partie de pêche le lendemain.

Arrivée à Oran

28mars

697.JPGLa navigation de Beni-Saf à Oran prend moins de temps que prévu car le courant (plus d’un nœud) nous pousse désormais vers l’Est. Nous louvoyons entre l’île plane et le cap Falcon et à l’approche d’Oran, nous appelons la capitainerie par VHF. On nous dirige vers le quai des gardes côtes puis, une fois les formalités accomplies, vers le quai d’Alger où nous nous amarrons. La PAF nous encourage à nous déplacer vers le ponton du Yacht Club géré par l’association Phenicia qui offre une meilleure protection. Lorsque nous débarquons, il fait nuit. Le gardien nous apprend qu’il y a des membres du club à l’étage et que nous pouvons les rejoindre. Nous y trouvons Abdelkrim et Fatih qui nous souhaitent la bienvenue et nous offrent un verre. DSC03593.JPGPuis des amis à eux arrivent avec un plat de paella que nous sommes invités à partager. La discussion porte sur la France que tous connaissent très bien pour y avoir travaillé ou y travailler encore, sur l’Algérie qui bouge, sur le club qui a développé des activités en faveur de l’environnement. Tous se montrent curieux de notre voyage. Nous notons quelques numéros de téléphone. Des rendez-vous sont déjà pris pour découvrir Oran. Nous sentons déjà qu’il va être difficile de repartir.

Brahim

26mars

670.JPGNous nous retrouvons avec Brahim à 10h00 à la sortie du port comme convenu. Ensemble, nous allons au grand marché pour acheter des fruits et des légumes. Brahim a travaillé toute sa vie en France. Il est revenu en Algérie il y a quelques années pour y passer sa retraite. Il s’est remarié ici et a conservé un appartement en France où il se rend occasionnellement. Notre promenade dure une bonne heure puis Brahim nous invite à déjeuner chez lui après nous avoir fait découvrir la ville. Nous lui répondons que nous ne pouvons accepter car nous nous apprêtons à repartir dans l’après midi pour Beni Saf. Mais Brahim insiste et nous exhorte à prolonger notre séjour pour manger le couscous ce soir. Le départ est repoussé de 24 heures et nous allons voir les autorités pour les informer de notre intention de rester une nuit de plus. L’affaire est entendue puis nous allons chez Brahim. 672.JPGNous y rencontrons sa femme, Fouzia et sa sœur, plus âgée, qui vit chez lui pour quelques temps et qui adopte rapidement Gustave. Nous rirons beaucoup avec elle du SMS que nous envoyons à ma mère en France avec la photo d’elle tenant Gustave dans les bras : « ça y est, je suis arrivée en France ? En 3 secondes et sans visa ! ». Brahim a fait construire une belle villa dont il est en train de terminer l’étage. La vue est magnifique sur tous les environs de Ghazaouet et sur la mer. Après manger, des nièces de Brahim passent lui rendre visite. Nous discutons de tout, l’Algérie, les enfants, le bateau, la France. Léonie joue avec Amina, la petite nièce de Brahim. 666.JPGPuis nous rentrons au port dans l’après-midi pour nous habiller et repartons dîner. Nous partageons un délicieux couscous avec toute la famille. Le frère aîné de Brahim nous raconte Oran, la pêche en Algérie et ses années en France de 1953 à 1963. Le lendemain matin, Brahim vient nous dire adieu sur le quai. Nous nous séparons comme si nous nous étions toujours connus, émus. Depuis notre départ de Nantes, nous étions impatients d’arriver en Algérie. Nous ne pouvions pas rêver une meilleure entrée en matière.

Saïdia-Ghazaouet, changement de décor

25mars

gardesc6tes.jpgNous sommes contents de partir de Saïdia aujourd’hui. Cette marina complètement artificielle a peu d’attrait. La démesure de la station bordée de cafés et de boites aux enseignes lumineuses nous impressionne mais ne nous convainc pas. Elle a été conçue pour accueillir des yachts jusqu’à 65 mètres et des amateurs de jet ski et de vedettes rapides. Le public visé est composé de riches marocains, d’Européens et d’habitants des Emirats. Notre petit voilier en contreplaqué fait presque tâche. Nous franchissons la frontière algérienne après une heure de mer. Rien ne la matérialise en mer. Mais nous devinons à terre les arbustes et les barrières qui ferment la frontière depuis 1975 et l’affaire du Sahara Occidental. Le vent tombe complètement et nous avançons au moteur. A 10 milles nautiques de Ghazaouet, Amélie distingue une vedette rapide à l’horizon qui vient dans notre direction. Nous rassemblons rapidement tous les papiers que les autorités algériennes sont susceptibles de nous demander. Le semi-rigide des gardes-côtes de Ghazaouet ne tarde pas à nous aborder. Nous proposons à leur responsable en uniforme de monter à bord de Raki. Les deux embarcations sont amarrées l’une à l’autre, à couple, et les moteurs sont coupés. Nous dérivons lentement ensemble sur une mer d’huile. Les premiers échanges sont un peu empruntés, officiels. Puis rapidement la présence de deux enfants à bord facilite le contact. « Soyez les bienvenus en Algérie ». IMG_0190.JPGLa conversation est ponctuée de gentillesses adressées à Léonie et à Gustave. Hadj, l’un des gardes-côtes parle bien français et s’émeut du fait que ma mère soit née à Relizane à l’époque de la colonisation française. Lui-même est originaire de cette ville. Nous signifions notre intention de gagner le port de Ghazaouet. Une photo immortalise notre rencontre puis les gardes-côtes repartent avec les formulaires remplis et nos 4 passeports. Ils nous les rendront à Ghazaouet une fois les formalités terminées avec la police des frontières et avec la douane. Puis ils disparaissent à l’horizon en quelques minutes après avoir fait de grands signes d’au revoir aux enfants. Deux heures plus tard nous entrons dans le port. Il fait un temps magnifique. Le paysage est très beau. De grandes falaises rouges tombent à pic dans la mer. Deux rochers bordent le sud de la passe : les Deux Frères. Un peu plus près de la côte, on distingue aussi les Deux Sœurs, plus bas et plus plats. 643.JPGLes gardes-côtes nous avaient recommandé d’accoster le long du deuxième quai, à côté de leurs navires (un semi-rigide, un bateau de sauvetage et un bateau de guerre). Les autorités ont été prévenues et nous attendent. Mais les formalités sont un peu retardées car un cargo sort au moment ou nous nous amarrons et on nous demande de reculer le temps de sa manœuvre. Puis nous remplissons quelques documents. Les douaniers inspectent Raki rapidement, avec une certaine gêne, puis nous demandent de rédiger une déclaration sur l’honneur selon laquelle nous n’avons ni arme, ni stupéfiants. Nous déclarons également le montant des devises que nous avons à bord : 500 euros et 300 dollars. Les échanges avec les autorités sont faciles et rapides. Nous parlons des enfants, de la météo, des moustiques de Saïdia qui pont piqué Gustave à la joue. Nous disons aux douaniers que nous pensons d’ailleurs aller voir un pédiatre ou un médecin demain. Le responsable nous répond que dès demain matin, le médecin du port sera sur la site et qu’il nous l’enverra. Puis nous nous apprêtons à débarquer pour aller nous promener en ville. A peine sommes-nous à terre que le médecin du port arrive en voiture et nous propose d’ausculter Gustave, tout de suite, comme cela, dans sa poussette, sous la grande grue grise qui surplombe Raki. Il se montre rassurant puis rédige une prescription (solution désinfectante et antistaminique) et nous demande de revenir le voir le lendemain si nous estimons que les choses n’évoluent pas dans le bon sens. Nous le remercions et lui demandons le prix de la consultation. Il fait un geste du revers de la main et nous dit préférer les rencontres aux choses matérielles de ce monde. Et il repart dans sa 207 noire. 658.JPGNous sommes un peu débordés et parfois même gênés par cet accueil formidable. Nous allons ensuite à la Capitainerie pour signaler notre intention d’aller nous promener en ville. Le maître de port nous propose de nous accompagner jusqu’à la sortie du port pour nous faciliter le passage au poste de la police des frontières. Nous y laissons nos passeports puis nous sortons.Le maître de port nous indique un taxiphone où nous pouvons changer de l’argent à un taux avantageux. Puis après nous avoir expliqué qu’il avait fait une partie de sa formation professionnelle à Marseille il nous propose de nous accompagner à pieds pour une première visite de la ville. 663.JPGNous y repérons les nombreuses traces de la période coloniale : l’église transformée en bibliothèque, l’hôpital aujourd’hui fermé, l’école, des immeubles d’habitation, la place centrale. Au retour, il nous recommande une petite pizzeria où nous pourrons aller dîner « en famille », les nombreux cafés que nous avons croisés étant plutôt réservés aux hommes. Nous en profitons pour appeler Brahim, l’oncle d’une de nos collègues de Nantes. Nous avons rendez-vous avec lui à 10h00 demain matin à la sortie du port. Nous rentrons dormir au bateau, vraiment très heureux d’être enfin en Algérie.

Dernières escales marocaines

24mars

DSC03546.JPGEn quittant Melilla, nous trouvons une mer agitée et du vent d’Est. Babord amure, nous avançons vite et en serrant le vent nous réussissons à tout faire en un seul bord. La visibilité est mauvaise et les îles Chafarinas finissent par se montrer alors qu’elles ne sont plus qu’à deux milles nautiques. Nous approchons du port de pêche de Ras el Mas que nous nous décidons à rallier pour éviter d’aller à Marina Saïdia, vaste complexe touristique se trouvant à 6 milles dans l’est. Nous sommes bien accueillis par les autorités qui nous invitent à nous amarrer derrière un petit catamaran de croisière battant pavillon marocain. Compte tenu de la rapidité des formalités, nous décidons d’aller faire une promenade en ville et d’y dîner. A notre retour, vers 23h00, un gendarme royal arrive en voiture. Il nous somme de quitter les lieux immédiatement arguant du fait que Ras el Mas est un port de pêche et qu’une marina peut nous accueillir « à deux ou trois milles maximum dans l’est ». Je lui réponds que nous ne possédons pas de carte actualisée pour aller à Marina Saïdia qui vient d’être construite et que ce que j’ai collecté comme informations la place plutôt à 6 ou 7 milles. Arriver dans un port complètement inconnu et mal cartographié de nuit est délicat. Mais il insiste (« il y a des lumières pour entrer dans la marina ») tout en faisant des remontrance aux autorités du port à qui il reproche de nous avoir accueillis. Nous ne résistons pas plus longtemps et quittons le port. La mer s’est un peu calmée dehors et nous mettons 1h30 à gagner le début d’une vaste digue que nous longeons sur plusieurs centaines de mètres. Puis deux feux se distinguent, rouge à droite et vert à gauche. Au fur et à mesure que nous avançons, ils se rapprochent puis se croisent balisant maintenant l’ouverture du port. Nous regardons régulièrement le sondeur. Les sondes varient entre 5 et 7 mètres. Nous avançons de plus en plus lentement et entrons dans un immense bassin sans aucun éclairage. Ambiance fantomatique. Nous passons un appel à la VHF. La capitainerie nous répond rapidement et nous envoie une vedette qui arrive à pleine vitesse dans le bassin dont nous apprendrons qu’il est destiné à l’accueil de maxi-yachts dans les années à venir. En suivant la vedette nous franchissons une première chicane, traversons un deuxième bassin, puis à nouveau un passage plus étroit qui nous permet d’entrer dans un troisième bassin, très éclairé cette fois avec des pontons auxquels sont amarrés quelques voiliers et de nombreux bateaux à moteur. Il est environ 1h00 du matin. Lorsque je débarque pour faire les formalités on me signale que nous ne pourrons les faire qu’après la visite du médecin. 5 minutes plus tard, il arrive : « Vous n’avez pas de fièvre ? Pas de toux ? » Je tique un peu et réponds que non. Il m’ausculte plus avant, les yeux, la bouche : « Les autres membres de l’équipage non plus ? Pas de grippe ? » « Non, nous avons été vaccinés contre la grippe », lui réponds-je. La suspicion retombe un peu. Puis les gendarmes m’invitent à les suivre à la Capitainerie. Je suis entouré d’une dizaine de personnes qui vont et viennent. La police, la douane, la capitainerie, la gendarmerie. A chaque fois que je crois m’être acquitté des formalités après avoir rempli un formulaire, on me demande de changer de bureau et on m’en tend un autre. Je rentre tard au bateau. Nous décidons avec Amélie de repartir dès le lendemain matin. Le directeur du port nous offrira alors une casquette à chacun et un responsable du port ira remplir un jerrican d’essence pour nous dans une station service. Ainsi, même dans une Marina sans charme nous rencontrons toujours des gens très sympathiques.

De retour en Espagne

23mars

1Melilla.JPGPeu de nouvelles depuis une semaine ? C’est que les connexions wifi sont rares sur le littoral marocain. Et puis nous avons navigué tous les jours ce qui ne nous a pas laissé le temps de partir en quête de cybercafés. Nous comptions un peu sur notre balise Dolink pour indiquer notre position à ceux qui nous suivent, même si celle-ci donne des signes de faiblesse puisqu’elle ne communique pas toujours les positions attendues. En théorie, elle donne une position toutes les 24 heures lorsque nous sommes à l’arrêt et une position toutes les 4 heures lorsque nous sommes en route. En pratique c’est tout autre chose puisqu’elle a même mangé une de nos escales vendredi dernier à M’Diq. Mais enfin nous nous en contentons et nous apprécions de pouvoir donner une idée de notre itinéraire grâce à ce mouchard. Aujourd'hui nous avons fait le déplacement jusqu'à un cybercafé et vous trouverez ci-dessous de nouveaux billets dans l’ordre chronologique des escales : M’Diq, El Jebha, Al Hoceima. Nous sommes actuellement à Melilla (encore une enclave espagnole) à moins de 40 milles de l’Algérie. L’équipage est en pleine forme et a le toupet de se plaindre de la chaleur. Mais Léonie se rafraîchit sur le ponton avec le jet d'eau. Nous nous apprêtons à dire au revoir à l’Espagne pour la 4ème fois (déjà nous l’avions fait avant le Portugal en quittant Baiona, puis avant Tanger en quittant Cadix, et avant M’diq en quittant Ceuta). Nous projetons de faire escale à Saïdia demain et d'entrer en Algérie jeudi ou vendredi. Nous nous sommes organisés pour collecter le plus d’informations possibles sur les ports algériens. Notre cartographie électronique présente des limites auxquelles nous nous attendions d’ailleurs. Beaucoup de détails manquent et certains ports n'existent même pas selon Garmin et Bluechart. Heureusement nous avons quelques cartes papier que décidément rien ne remplace.

Al Hoceima

21mars

1alhoceima.JPGDépart d’El Jebha vers 12h00. Il pleut des cordes. Les pêcheurs ramandent les filets. Nous allons faire les formalités de sortie avec Léonie. En 15 minutes c’est réglé. Nous longeons les montagnes du Rif et croisons encore des dauphins auxquels Gustave ressemble de plus en plus. Le courant, favorable au début s’inverse rapidement et nous refoulons plus d’un nœud de courant pendant toute la journée. Si bien que nous arrivons de nuit à la pointe de Los Frailes que nous longeons de très près bord à bord avec deux gros bateaux de pêche. Nos appels à la VHF pour le port restent sans réponse. Nous entrons dans le premier bassin et interrogeons un membre de l’équipage du bateau de sauvetage pour savoir où il convient de nous amarrer. Ce dernier nous indique le gigantesque quai des ferries que nous nous décidons à rejoindre non sans hésitation. Nous débarquons et nous rendons au poste de police du port où les formalités d’entrée nous prennent deux heures. Heureusement ce sera plus rapide le lendemain matin. Nous repartons aux aurores car la route est longue jusqu’à Melilla, avec près de 2 noeuds de courant portant toute la journée, ce qui raccourcit considérablement notre traversée et nous permet d'arriver en milieu d'après-midi. Décidément nous sommes toujours surpris par les courants au Maroc. Aussi bien par leur direction que par leur vitesse. D'ailleurs le guide Imray parle de courants inexpliqués dans les parages.

El Jebha

20mars

el_jebha2.JPGBeaucoup de moteur aujourd’hui. Mais encore des dauphins. Ils nous auront accompagnés à chaque traversée depuis notre départ de France. La visibilité est assez réduite sur l’eau. Mais nous distinguons bien les grandes montagnes du Rif. Nous sommes surpris d’avoir du courant portant (plus d'un noeud) ce qui nous permet d’arriver assez tôt à El Jebha. Nous nous amarrons tranquillement au quai principal où nous attendent toutes les autorités locales. Les formalités sont accomplies assez rapidement mais on nous demande de nous déplacer et d’aller nous amarrer au bateau de sauvetage. Quelques minutes après la manœuvre, plus de dix énormes bateaux de pêche arrivent et s’amarrent là où nous étions. El_Jebha.JPGNous apprécions à leur juste mesure les conseils des gendarmes. Le chef de poste sympathise avec Léonie à qui il présente ses chats puis nous conseille un petit restaurant délicieux où nous dînons et où Léonie s’endort. Un autre chat viendra sur le pont de Raki pendant la nuit, pour voir si, là comme sur les bateaux de pêche, il y a quelques restes de poisson. Il repartira bredouille peu après.

M'Diq

19mars

M_diq3.JPGNous sommes partis de Ceuta en début d’après-midi. A peine trois heures plus tard nous arrivons dans un port de pêche très animé. On nous indique qu’il faut nous amarrer sur le ponton du Yacht Club. Les autorités nous empruntent les papiers du bateau et nos passeports et nous les rapportent une demi-heure plus tard. Nous nous attendions à plus compliqué. Pendant ce temps, nous assistons au retour de pêche de dizaines de bateaux. Puis nous débarquons pour une balade nocturne dans les rues de la ville où le marché bat son plein à 8h00 du soir. Nous dînons dans un délicieux restaurant de poissons (tagine de fruits de mer, salade de fruits frais, lotte grillée). M_Diq2.JPGM’Diq est actuellement concurrencée par les deux nouvelles marinas de Smir et Kabila pour les activités nautiques mais prépare sa riposte avec la construction d’un nouveau port pour accueillir les bateaux de plaisance et a conservé un Royal Yacht Club et une partie de ses bâtiments. Son président me donne des indications sur les ports où nous envisageons de faire escale, M_diq.JPGavant de me présenter un champion de laser et d’aller faire un brin de causette à Amélie et Léonie pendant que je termine les formalités de sortie avec la gendarmerie. Amicalement il leur cite la célèbre maxime : « il y a trois sortes d’humains : les vivants, les morts et ceux qui naviguent. »

Aux portes de la Méditerranée

15mars

DSC03342.JPGAprès une belle escale à Tanger (photo) et un passage somptueux du détroit de Gibraltar par beau temps, au milieu des cargos et des rorquals communs, nous voici à Ceuta, aux portes de la Méditerranée. Il nous aura fallu un peu plus d'un mois pour rejoindre la mer Méditerranée et voici un premier bilan d'étape. Nous avons parcouru 1280 milles nautiques en 240 heures environ. Ce qui fait une moyenne de 5,3 nœuds. Nous sommes arrivés souvent de nuit dans les ports où nous avons fait escale (7 fois sur 12). Nous avons fait environ 40 heures de moteur (entrées et sorties de port comprises) et consommé 60 litres d'essence. Le pilote automatique a barré à notre place pendant un peu plus de 60 heures. Nous aurions pu l'utiliser davantage mais nous nous sommes limités parfois pour des raisons d'économie d'énergie. A ce sujet, le panneau solaire ne donne vraiment que depuis Lagos en Algarve. Avant, seule l'éolienne chargeait et cela n'a jamais permis de compenser complètement notre consommation électrique. Nous n'avons toujours pas terminé la première bouteille de gaz, avons utilisé 3 plaquettes de beurre, 1 bouteille de whisky, et 120 couches pour Gustave. Nous n'avons pas comptabilisé les autres denrées. Nous avons perdu 3 aussières, cassées lors de la tempête de Porto et une tasse et un dessous de plat en faisant la vaisselle. Notre escale à Ceuta va durer quelques jours car nous laissons passer le fort levanter (vent d'est) qui s'est établi depuis hier soir. Nous en profitons pour préparer les navigations à venir le long des côtes du Maghreb. Nous allons faire quelques menus travaux sur le bateau : entretien du moteur, matelotage, nouvelles fixations pour le mât de l'éolienne, vernis dans le cockpit pas terminés avant le départ, fixation de garcettes de ris sur le foc de route, etc. Puis nous ferons quelques achats avant le départ : avitaillement et cartes marines.

Tanger

13mars

Delacroix_Mariee.JPGLes pavillons changent chaque jour sous la barre de flèche tribord de Raki. Le pavillon portugais avant-hier, le pavillon espagnol hier et le pavillon marocain aujourd'hui. Coucher de soleil sur Tanger ce soir et puis arrivée dans un port en effervescence : pêche, fret, ferrys... Nous sommes surpris nous-mêmes d'avoir changé de continent si vite. Nous allons maintenant étudier les fichiers pour savoir quand il sera possible de passer le détroit de Gibraltar. Quelques images vidéos à venir des navigations des deux derniers jours. A présent, il ne nous reste plus qu'à ranger, manger, et langer avant balade à Tanger demain. Nous sommes impatients.